Ces programmes télévisés sont bien évidemment des séries, véritable manne financière des chaînes américaines. Les séries TV existent depuis le début de la télévision, ou plutôt depuis que l'objet est entré dans les m½urs. Dès les années 70, NBC, première chaîne américaine à voir le jour, lance de nouveaux programmes, et asseoit sa popularité sur ses séries devenues aujourd'hui cultes. Dans les années 90, c'est le câble qui se développe, principalement la chaîne HBO, considérée de nos jours comme un orfèvre. Car à la différence des chaînes généralistes (ABC, CBS, NBC, FOX, CW), les chaînes du câble ont beaucoup moins de contraintes, et de pression de la part du MCAA, équivalent américain de notre CSA (conseil supérieur de l'audiovisuel). Ainsi le langage fleuri est accepté dans Six Feet Under (amusez-vous à compter le nombre de Fuck dans chaque épisode), diffusé sur HBO, mais interdit dans 24 heures chrono (mots grossiers remplacés par "Flûte !"), diffusé sur la Fox, sous peine de voir son horaire de diffusion décaler à beaucoup plus tard dans la soirée, avec une interdiction sur les moins de 16 ans.
La fin des années 90 a vu naître de nombreuses séries très prometteuses, comme Sex and the City, mais également la favorite des critiques Les Soprano. Ces séries étaient diffusées sur HBO et drainaient un large public. L'originalité et l'excellence de ces programmes sont les prémisses de ce qui devaient arriver quelques années plus tard. De plus, les scénaristes qui n'avaient pas connu le succès dans les salles obscures, se retournaient vers le huitième Art. C'est le cas notamment de Joss Whedon, qui crée en 1997, la série télévisée Buffy contre les vampires, diffusée avec un énorme succès sur la défunte WB, après l'échec du film – dont les producteurs avaient massacré le travail. C'est la première série qui connaît un véritable phénomène tout autour d'elle. Même si X-Files, quelques années auparavant, avait su compter sur bon nombre de fidèles, jamais un programme n'avait eu autant de produits dérivés : figurines, tee-shirt, literie, livres (novelisés), bijoux, cartes...
Cependant, à cette même période, c'est le bouleversement à Hollywood. La nouvelle génération prend la relève, et malheureusement, elle n'est pas à la hauteur des précédentes. Les suites pleuvent, le public commence à se lasser, les idées originales commencent à devenir rare. C'est le début de la crise. Pendant ce temps, les séries américaines s'exportent très bien. Et les audiences commencent à être vertigineuses – le cas Friends. C'est alors la guerre des chaînes qui fait rage...
Avec l'arrivée du nouveau millénaire, les choses s'accélèrent. Les chaînes gratuites commencent à chercher la créativité et la qualité, mais ce sont d'abord les chaînes du câble qui font preuve d'audace. Les nouvelles Sci-Fi, FX, USA Network, Showtime, se lancent sur le marché des séries télévisées. Le résultat est là : Nip/Tuck, Weeds, The Shield, Damages, The L Word ou encore Dexter ou Californication. Les sujets font polémiques, les images choquent, et le public aime. Les scénarios sont excellents, les dialogues pointus. Et les acteurs sont épatants. De son côté, HBO confirme, avec en 2001, Six Feet Under, du scénariste tout juste oscarisé Alan Ball. La critique est unanime : une véritable réussite. Là où le cinéma pêche, la télévision excelle. Et les acteurs du grand écran en manque de reconnaissance viennent se poser sur l'écran de votre salon : Jennifer Love Hewitt, James Caan, Holly Hunter, Glenn Close... tandis que d'autres s'en vont vers les salles obscures : Jennifer Aniston, Sarah Michelle Gellar, Georges Clooney, Josh Duhamel, Jessica Alba. La télévision devient dénicheuse de talent.
Par la suite, les chaînes gratuites cherchent à reprendre le dessus sur celles du câble. Et celle qui réussissent le mieux sont ABC et CBS, désormais leaders, bien devant NBC (en pleine chute libre) et Fox. Avec Desperate Housewives, Alias, Lost, Grey's Anatomy, ABC prend du galon, mais CBS domine toujours, avec ses séries policières Les Experts, NCIS, Cold Case... La Fox, cependant, commence à tenir un catalogue bien conséquent, avec les désormais célèbres Simpson, mais également Prison Break (en perte de vitesse cependant et qui s'est terminé cette année), ou encore 24 heures chrono.
De son côté, Hollywood est en pleine crise. Les films à dépasser les 100 millions de dollars de recettes sont de moins en moins nombreux, et la notion de bankable est remise en question. Le succès d'un film ne repose plus sur les têtes d'affiche ; Bruce Willis, Tom Cruise, Tom Hanks, Julia Roberts, et même Steven Spielberg connaissent de nombreux revers. Les chiffres du box-office sont en pleine chute, et les recettes à l'étranger le sont également. En France, le cinéma hexagonal reprend le leadership aux américains.
Pour stopper le phénomène, Hollywood repêche dans ses vieux cartons. Les remakes deviennent monnaie-courante, et les suites ou adaptations se font nombreuses. Tout est bon pour retrouver le public. Le cinéma s'empare des succès littéraires (Da Vinci Code, Le Diable s'habille en Prada...), mais également fait appel aux figures emblématiques du petit écran. Ainsi J.J. Abrams quitte la télévision pour réaliser le troisième volet de Mission Impossible, tandis que Jerry Bruckeimer, lui, se met à produire des séries télévisées, sentant le bon filon. Car Hollywood est vraiment désespéré. Le public délaisse les salles obscures, et les critiques ne tarissent plus d'éloges sur le huitième Art, en accentuant sa supériorité sur le cinéma. Car le gros défaut du cinéma américain est de tout miser sur l'image (effets spéciaux, grandes vues d'ensemble...), et de minimiser le scénario. A la télévision, c'est l'effet inverse. On reste classique dans la réalisation, mais on innove, et on devient poète en écrivant les scripts. De plus, ces dernières années, ont permis à la télévision d'avoir plus d'ambition. Ainsi les réalisateurs font des plans complexes ; un des plus beaux exemples est Desperate Housewives, sur ABC.
Et ces séries télévisées à peine terminées, les producteurs s'en emparent pour les adapter au cinéma. C'est le cas, prochainement, de Sex and the City, où l'on pourra retrouver les aventures sexuelles de Carrie, Samantha, Miranda et Charlotte sur grand écran. Les Simpson – le film, sorti en juillet 2007, n'est pas une exception, même si la série est toujours en cours de diffusion sur la Fox. Le film a rapporté 130 millions de dollars en deux semaines à la major Twentieth Century Fox, plus que Les 4 fantastiques et le surfeur d'argent ou Die Hard 4 sur une même période.
Le cinéma américain s'est enorgueilli de sa supériorité et de son succès, ce qui lui a valu ce retournement de situation, se reposant sur ses acquis. Mais aujourd'hui, Hollywood reprend des forces. En effet, la télévision connaît une mauvaise période, ces derniers mois. Les séries, si excellentes, se terminent ou s'essoufflent. Les audiences sont en baisse, et les critiques moins enthousiastes. La chaîne HBO, veuve, après les morts successives de Sex and the City, Six Feet Under et Les Soprano, a beaucoup de mal à retrouver son niveau d'autrefois. Mais le huitième Art n'a pas dit son dernier mot, car il a toujours su se renouveler, avec beaucoup plus d'aisance que le cinéma.
Beaucoup pensaient qu'il s'agissait d'une crise. Mais pourtant, ce n'était pas le cas. Car Buena Vista International (Disney), Warner Bros, Twentieth Century Fox, Paramount, Universal, Sony (Columbia Tristar), sont les heureuses propriétaires des chaînes américaines, et les productrices de ces séries. Quand le cinéma ne rapporte plus, la télévision, elle, oui.




